Il est possible de situer la période des tournées entre 1906 et 1912. Colette
était mariée depuis 1893 avec Henry Gauthier-Villars, dit Willy, qui avait signé
les premiers livres de Colette ( cf Claudine à l'école en 1900) . Mais son
mariage vacille et elle se sépare de lui au début de 1907. Cette nouvelle vie
est l'occasion pour elle de se rapprocher de Missy, alias Mathilde de Morny, la
fille du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III. Cependant, Colette souhaite
conserver une certaine indépendance financière et décide de vivre de son talent
de pantomime, art auquel elle s'est initiée dès 1906 avec Georges Wague.
La correspondance de cette période qui est exposée est exclusivement adressée
à Missy. C'est une correspondance écrite au quotidien : Colette narre les
impressions de ses représentations. Ses tournées sont très prisées : le
spectateur est curieux de voir en scène Colette Willy, où dans des costumes près
du corps, elle n'hésite pas à se contorsionner et à adopter des poses lascives.
Elle se produit notamment en Belgique, en Suisse et en Tunisie, entrecoupant ses
tournées à l'étranger de déplacements en province, et donnant le mimodrame de
Georges Wague et Léon Lambert au titre évocateur, La Chair.
C'est bien dans le genre du pantomime qu'elle rencontre ses plus grands
succès. Son passage au théâtre comme comédienne sera compromis par le fort
accent bourguignon qu'elle conservera toute sa vie. La fin de cette période
se situe avec la fin de sa relation privilégiée avec Missy : un autre Henry est
entré dans sa vie : Henry de Jouvenel.
Colette fait ses débuts dans le
journal de son futur mari, Henry de Jouvenel dont ce dernier est l'un des deux
rédacteurs en chef, puis directeur, Le Matin. Elle écrit au début des contes
, puis se tourne vite vers la narration des chroniques judiciaires.
La Presse lui avait déjà permis de publier ses premières ébauches de Chéri,
mais elle choisit pendant trois années, de 1910 à 1913 de lui consacrer ses
impressions de procès aux assises. Défilent donc au gré de ses articles Paul
Houssard à Tours ou encore " la bande à Bonnot " en 1913.
Après guerre, elle collabore à La Revue de Paris, au Journal, au Figaro où
elle s'illustre dans les comptes rendus des soirées de théâtre. Elle exerce
à nouveau ses talents de chroniqueur judiciaire en 1934 pour La République où
elle assiste au procès de Violette Nozière. Elle n'hésite pas à s'embarquer
pour le Maroc, envoyée par Paris-Soir pour relater en 1938 le procès d'assises
d'Oum-el-Hassen, propriétaire d'une maison close accusée d'avoir assassiné des
prostituées.
L'exposition montre les articles qu'elle a écrit à cette occasion ainsi que
la correspondance qu'elle n'oublie pas d'envoyer à ses amis.
Si sa première conférence avait été donnée en 1917 à Rome à l'Ambassade
d'Angleterre pendant que son mari, Henry de Jouvenel était ambassadeur de France
en Italie, cette étape de sa vie se déroule en fait après la séparation de son
deuxième mari.
Elle se consacre pleinement à sa nouvelle occupation : en 1932 a lieu une
tournée dans 33 villes différentes, intitulées " L'Homme chez la bête ", " Le
problème de la vie à deux ", " L'envers du music-hall ", " Des deux côtés de la
rampe ".
Une fois rodées en France ses causeries, comme elle aimait à le dire, Colette
propose ses conférences dans les pays francophones. Elle parcourt ainsi la
Suisse en 1927 et à nouveau en 1932 avec des conférences sur le théâtre "
L'envers et l'endroit du théâtre et du music-hall " ou " Des deux côtés de la
scène et dans la salle " où elle descend à l'Hôtel Richemond à Genève à qui elle
sera fidèle un quart de siècle plus tard. La Roumanie en 1931 l'accueille avec "
Dans la salle et sur la scène " où elle est reçue par les souverains et loge
ainsi dans le meilleur hôtel de Bucarest. Les lettres de l'exposition sont là
pour en témoigner.
Certaines lettres révèlent le côté méconnu de cet aspect de sa vie, où elle
n'hésite pas à annoncer les tarifs de ses conférences en femme d'affaires
résolue.
Colette, touriste
Le voyage n'est pas uniquement le fait de sa vie professionnelle. Il est
devenu le synonyme de l'évasion quand les temps sont durs et que l'heure du
repos a sonné.
En mars 1911, elle s'exile en Tunisie avec une amie, Lily de Rême pour
oublier l'imbroglio qu'elle s'est créée dans sa vie sentimentale avec ses trois
partenaires du moment, Henry de Jouvenel, Auguste Hériot, l'héritier des Grands
Magasins du Louvre et Missy.
Après avoir goûté au charme de la Bretagne grâce à la maison qu'a acheté pour
elle Missy, Colette respire l'air de la montagne au cours de l'hiver 1924 à
Gstaad avec son nouvel amour, Bertrand de Jouvenel, son beau-fils.
C'est ensuite la découverte de la Côte d'Azur à l'été 1926 en compagnie de
son futur mari, Maurice Goudeket. Ils rejoignent la Côte à bord de leur Ford, et
acquièrent une maison à Saint-Tropez, avant que le lieu ne soit à la mode.
Colette écrit des lettres à en-tête de sa maison " La Treille muscate ". Le
visiteur aura la surprise de la voir représentée sur une carte postale écrite
par Colette qui nous révèle qu'elle n'apprécie pas trop de voir la publicité qui
est fait autour de son mât provençal, signalant ainsi le début d'une gloire.
C'est l'époque des croisières, où elle est invitée à bord de L'Eros, le yacht
de Henri de Rothschild pour visiter les fjords norvégiens en 1930. Cette
croisière fut un prélude à celle beaucoup plus officielle du voyage inaugural à
bord du Normandie en 1935 où pour pouvoir loger avec son compagnon d'alors au
même hôtel à New-York à son arrivée, en raison du puritanisme américain, elle
décide de se marier avec Maurice Goudeket quelques mois avant officialisant
ainsi une relation de quelques années. L'exposition présente des cartes postales
écrites de New-York, aucune lettre n'étant connue de cette période.
On le voit, ses correspondances permettent de retracer les grandes étapes de
sa vie qui ne serait pas complète si on n'abordait pas les autres activités
qu'elle a exercées en plus de son métier d'écrivain.
Colette évoque le nom d'un grand écrivain, mais il a aussi été en 1932 le nom
d'une marque de cosmétique que Colette avait voulu lancer en ouvrant une
boutique et un institut de beauté au 6 de la rue de Miromesnil.
L'exposition présente les coffrets de beauté de la marque Colette ainsi que
les conseils de l'écrivain pour utiliser les crèmes et onguents adéquats. Cette
aventure commerciale se soldera par un échec, les clientèles, si elles n'étaient
pas vieillies en sortant de l'institut , du moins se retrouvaient-elles grimées
comme pour entrer en scène.
Colette réadapte pour Ravel un poème écrit dix ans plus tôt pour sa
fille, Bel-Gazou, en le transformant en livret, donnant ainsi naissance à
l'Enfant et les Sortilèges donné pour la première fois à l'Opéra de
Monte-Carlo le 21 mars 1925 sous la direction de Victor de Sabata.
Correspondance, autour desquelles s'articulent les multiples vies de
Colette, est bien le pivot de cette exposition présentée au Musée de La
Poste. Son entourage est évoqué devant les yeux des visiteurs et les
lecteurs de Colette, qui peuvent retrouver dans ses lettres les premières
ébauches de morceaux qu'elle reprendra dans ses romans et que l'exposition
s'efforce de reconstituer.
Avec Colette, nous aurons voyagé en Allemagne, Suisse, Roumanie, Maroc,
Italie, Belgique, Etats-Unis etc. C'est également l'occasion de retrouver
les relations des voyages de Colette, où à ses débuts elle ne faisait
précisément pas "du Colette" , adoptant parfois une narration syncopée et
une écriture rapide : "vite un mot avant de partir pour la matinée".
Mais que les amoureux de Colette se rassurent, ses lettres relatent
également ses impressions sur la nature : "les oranges pleuvent autour de
nous" écrit-elle du Maroc, sans oublier les animaux, ses autres compagnons
: "Ma gardienne provençale a 52 oiseaux dans une cage, un chien policier
de trois mois, et sept chattes. Je crois que c'est cette année que je
perdrai ma bien connue patience d'ange" . Le célèbre stylo plume
Parker de Colette l'aura bien servie tout au long de ses correspondances,
adoptant le plus souvent la même encre bleue.