Salle 5 : Le temps des grandes réformes (1830-1890)
Jusqu'en 1830, les habitants des campagnes ne disposaient d'aucun service
de distribution des lettres à domicile. Ils devaient de temps à autre se rendre
au bureau de poste de la ville voisine pour y retirer leur courrier. Afin de
rompre leur isolement, on créa en 1830 le service rural. Cinq mille facteurs ruraux se lanceront sur les routes de
France. Face à la croissance des besoins, leur nombre ne fit qu'augmenter. En
1876, 19000 facteurs parcouraient ensemble quotidiennement 513 000 km, soit 12
fois le tour du globe. La couverture postale était de plus en plus étendue,
mais il fallait encore faciliter l'accès du service aux personnes les plus
démunies. En effet, avant 1849, le prix d'une lettre était fort élevé. Il
correspondait à une demi journée de travail d'un ouvrier. En 1848, on abaissa
considérablement le prix de la lettre. On décida également que le tarif serait uniforme sur tout le
territoire, quelle que soit la distance. Une vignette collée sur l'enveloppe
indiquait le tarif d'affranchissement. Le timbre-poste était né.
Les facteurs
ruraux, qui apparaissent en 1830, exercent un métier difficile. Les tournées
sont longues. Certaines d'entre elles dépassaient 40 km. Le facteur devait
marcher tous les jours de la semaine sans un jour de repos, qu'il vente ou qu'il
neige. Il était apprécié car il se chargeait également d'apporter de la ville
des commissions, des médicaments et autres marchandises.
Avant 1849, les Français ne recevaient en moyenne que trois
lettres par an. La tarification postale était complexe et le prix de la lettre
élevée. C'est le destinataire qui devait en payer le port. En 1848, on décida
d'abaisser considérablement le prix de la lettre et de le rendre uniforme sur
tout le territoire, quelle que soit la distance. Le timbre-poste concrétise
cette réforme.
Cette carte, extraite de l'Instruction générale des postes de
1832, est l'œuvre d'un employé des postes au service du départ nommé Viard. Elle
indique tous les bureaux de poste du royaume et les routes suivies par les
courriers. Cette carte rayonnée distingue les routes suivies en malle des routes
parcourues à cheval ou à pied. Les premières, dites de première section, partent
toutes de Paris et le service en est effectué par environ cent trente courriers
de la poste aux lettres. Les secondes sont suivies par des courriers
d'entreprise avec lesquels l'Administration a passé un marché de transport. Les
rayons tracés sur la carte montrent la progression de la taxe à payer. Jusqu'à
quarante kilomètres, une lettre dont le poids est inférieur à sept grammes et
demi est taxée vingt centimes. Au-delà de 900 kilomètres, la même lettre paiera
un franc vingt centimes.
Jacques-Jean Barre, né à Paris en 1793, est nommé graveur
général des Monnaies de France en 1840. Son oeuvre est considérable : elle
s'étend de la gravure de jetons de société, aux monnaies et à la gravure des
billets de banque. C'est à lui que l'on confie la réalisation du premier
timbre-poste français. Sous son burin vint les traits de Déméter, déesse grecque
des moissons, plus connu sous le nom romain de Cérès. Cette représentation de la
République fut figée en quatre mois car l'émission du timbre-poste avait été
prévue pour le 1er janvier 1849. Jacques-Jean Barre meurt en 1855, laissant à
ses fils le soin de maintenir le nom.
Jacques-Jean Barre, 1835 d'après Henri de Caisne, pastel
Le timbre-poste à 20 c République (Cérès) était destiné à
l'affranchissement de la lettre circulant à l'intérieur dont le poids n'excède
pas 7,5 grammes de bureau à bureau. Ce tarif restera en vigueur jusqu'au 30 juin
1850 inclus. Sur un tirage de 41 700 000 timbres-poste, 31 000 000 furent vendus
au public.
Lettre affranchie au 1er janvier 1849 1849. Premier jour d'utilisation du premier timbre-poste français.
La tradition fait de Rowland Hill le créateur du timbre-poste.
Un libraire écossais, Jacques Chalmers, lui conteste l'antériorité de cette
invention. Dès 1840, des enveloppes pré-affranchies illustrées par William
Mulready concurrencent le timbre-poste. Ces enveloppes évoquent Britania
envoyant des messagers pour promouvoir la réforme postale et favoriser
l'éducation par l'écriture et la lecture. Elles ne rencontreront pas le succès
escompté et seront détruites en avril 1841.
Si la plupart des facteurs vont à pied, ceux des grandes villes
utilisent des moyens de locomotion appropriés. Les facteurs parisiens sont dotés
d'un cheval à partir de 1824. Ceux de banlieue feront usage d'un tilbury en
1839. De 1836 au début du XXe siècle, des omnibus les transporteront de la poste
centrale aux quartiers à desservir.
Etude sur les facteurs de ville Vers 1840, Anonyme
En 1870, Paris est assiégé par les Prussiens. On met alors en oeuvre divers moyens de transport pour communiquer avec la province. Des ballons pourvus de nacelles transporteront des sacs de lettres. Des pigeons messagers seront mis à contribution. On utilisera également le cours de la Seine pour envoyer de la correspondance dans des récipients étanches.
Les pigeons emmenés par les aérostiers regagnaient leurs pigeonniers munis de
précieuses dépêches microfilmées placées dans un tube fixé à la plume maîtresse
de leur queue. Le tube pouvait contenir environ trente mille dépêches. À
l'arrivée, ces dépêches étaient lues grâce à un appareil de projection sur
écran.
L'emploi des pigeons pour le transport des messages est connu depuis fort
longtemps. Le sultan d'Egypte Noureddin aurait établi dès 1146 d'une manière
permanente une poste aux pigeons. Les pigeonniers du Caire comptaient en 1288
pas moins de 1900 volatiles et le sultan se faisait toujours suivre, en voyage,
d'une cage remplie de pigeons. Le pigeon, prétend-on- fut aussi utilisé, en
Belgique, à des fins spéculatives pour la transmission des cours de la Bourse.
C'est pendant la guerre de 1870 que les pigeons se révélèrent d'une parfaite
efficacité. Les aérostiers du Siège qui assuraient le transport des lettres à
destination des départements emportaient avec eux une cage à pigeons, lesquels
devaient rapporter des nouvelles de la province aux Parisiens. Des milliers de
dépêches microphotographiées étaient placées dans un tube que l'on fixait à la
queue du pigeon. Lâché près de Paris, le pigeon était recueilli par un facteur
de la poste. Sur 302 pigeons dirigés sur Paris du 16 octobre 1870 au 3 février
1871, 59 seulement arrivèrent à destination. Les Prussiens les tiraient au fusil
ou lançaient des faucons à leur poursuite. Afin de remédier à toute perte
éventuelle, les mêmes dépêches étaient expédiées plusieurs fois.
Les ballons montés
En 1870, l'administration des postes affréta quarante-sept ballons sur les
soixante-cinq qui quittèrent Paris durant le Siège. Les lettres envoyées ne
pouvaient pas dépasser quatre grammes. Le poids total dépassait parfois 400 kg.
Certains ballons tombèrent aux mains de l'ennemi, d'autres atterrirent à
l'étranger ou se perdirent en mer.
Liste des ballons du Siège, 1874 tableau éducatif édité par A. Brissonnet
Après l'expédition d'un ballon d'essai monté par l'aéronaute Duruof le 23
septembre 1870 qui alla atterrir près d'Evreux, l'Administration organise un
service régulier de transport des correspondances pour la province. Les lettres
transportées par voie aérienne ne doivent par dépasser quatre grammes.
Affranchies au départ, elles sont taxées vingt centimes. Ce service des ballons
montés prend un développement considérable. Du 23 septembre 1870 au 28 janvier
1871, soixante-cinq ballons dont quarante-sept affrétés par l'Administration
quittent Paris. Les aérostiers sont choisis parmi les marins des forts, hommes
intrépides habitués au péril de la navigation. Le nombre des dépêches emportées
est élevé et leur poids peut dépasser quatre cents kg. Ces ballons connurent une
fortune diverse : certains tombèrent aux mains de l'ennemi, d'autres atterrirent
à l'étranger ou se perdirent en mer.
Ce tableau éducatif fut édité par un agent de l'Ecole des
aéronautes français d'après les documents fournis par Gabriel Mangin, lui-même
aéronaute.