"Comme nul autre pareil à ce jour, il a su saisir l'âme de ce pays,
dégager l'essence de la vie quotidienne de ses habitants et en percer le
cœur. Au-delà de toutes leurs différences (de motif, de style, de
technique,…), les vingt-cinq tableaux exposés l'affirment très clairement,
chacun à leur manière.
Peindre. Depuis qu'il s'est installé sur l'île de Khong, aux confins du
Laos et du Cambodge, Marc Leguay ne cesse d'y penser; avec le désir et la
volonté d'accorder et d'unir sa peinture à cette nature si bienveillante qui l'a
conquis. A cet égard, le Mékong bordé de flamboyants (sujet de prédilection
du peintre) est peut-être le plus parlant. Pleinement conscient de ses
limites, le peintre à ce moment-là se contente du motif du paysage, celui de la
région du fleuve et du peuple des plaines : les bords du Mékong, les étendues de
rizières, les cours de pagodes, l'habitation sur pilotis,…
Les années passent, le contact avec le pays s'approfondit et des moyens
supplémentaires lui viennent qui, vers la fin des années quarante, permettent à
sa peinture de prendre une nouvelle direction : la représentation de la vie
quotidienne. Non pas exposer tous ses faits, à la manière de l'ethnologue,
mais dégager son essence, à travers une revue de ses principales héroïnes - la
vanneuse, la fileuse, la tisseuse, la coiffeuse, la marchande des quatre
saisons,…
Son talent reconnu, sa notoriété établie, Marc Leguay reçoit nombre de
commandes, parmi lesquelles et surtout le dessin de nombreux timbres-poste (tous
seront réalisés par l'Imprimerie des Timbres-poste de France), cinquante-cinq au
total. Si ceux-ci réjouirent tant les amateurs et collectionneurs partout
dans le monde, les dix-huit maquettes présentées dans cette exposition apportent
l'explication : Marc Leguay possédait alors la maîtrise parfaite de son art.
Au tournant des années cinquante, la manière de peindre de Marc Leguay
change : ordonnancement de l'espace du tableau où le décor est réduit au
minimum; circulation totalement libre de la lumière; apparition de figures
expressives "accrochant" le regard et la conscience du spectateur. Ce
changement coïncide à l'orientation de sa peinture dans une nouvelle direction :
percer le cœur des êtres. Malheureusement, une série de décès vient très tôt
briser ce nouvel élan.
Absent ensuite de plus en plus de la vie publique, certains parmi ses
collègues ou ses supérieurs, croient alors Marc Leguay "fini". A tort puisque
après avoir déjà parcouru un si long chemin de crêtes, le voici bientôt touchant
le sommet de son art avec l'exécution de quatre tableaux de nu. Après quoi,
ayant le sentiment d'avoir exprimé l'essentiel de sa sensibilité artistique, de
ses convictions esthétiques, en un mot de sa pensée, le peintre range
définitivement ses pinceaux."
Texte établi par
Francis Benteux d'après la monographie sur l'artiste-peintre qu'il publia en
octobre 2001 aux éditions Maisonneuve et Larose sous le titre : "Marc Leguay, le
peintre du Laos".
Le Musée de La Poste conserve dans ses fonds dix huit maquettes de
timbres-poste du Laos de Marc Leguay, dont les huit présentés
ici.
Repères biographiques Marc Leguay, le peintre du Laos
1910 Naissance de Marcel-Louis Leguay à
Charleville (Ardennes)
1927 Après des études secondaires sans
histoires au lycée d'Evreux, Marcel-Louis Leguay est reçu au baccalauréat.
Il accepte aussitôt l'emploi de secrétaire à l'état civil que la mairie lui
propose. Mais n'en supportant pas la monotonie, il démissionne rapidement et
part sur les routes de France, des pays de l'Europe méridionale et d'Afrique du
Nord, sa boîte de couleurs, son carton à dessins à la main et son chevalet sur
l'épaule.
1931 Marcel-Louis Leguay se fixe à
Perpignan, travaillant pour le compte de qui veut bien
l'employer.
1936 Répondant à l'invitation du
gouverneur de Cochinchine, Marc Leguay s'embarque pour
l'Indochine.
1937 Ayant laissé partir sans lui le
bateau destiné à le ramener en métropole, Marc Leguay s'arrête dans le village
de Sala situé sur l'île de Som, aux confins du Laos et du Cambodge. Il y
trouve un havre, une atmosphère propice à son inspiration. Il décide par
conséquent de s'y installer.
1947 Marc Leguay se laisse persuader par
ses amis laotiens de déménager son école d'arts appliqués de Khong à
Vientiane. Il est cependant obligé rapidement de mettre la clé sous la porte
par manque de crédits. A ce moment, il est recruté comme professeur de dessin au
lycée, un métier qu'il exercera au total vingt-huit
années.
1951 Marc Leguay entame une collaboration
avec l'administration des postes lao qui s'étalera sur plus de deux décennies,
réalisant le dessin de nombreux timbres.
1974 Après avoir su saisir l'âme du Laos,
dégager l'essence de la vie quotidienne et percer le cœur de ses habitants, Marc
Leguay accède au sommet de son art avec l'exécution de quatre tableaux de
nu.
1976 Marc Leguay quitte le Laos (comme
pratiquement tous les occidentaux). Lui et sa compagne d'origine thaïlandaise
occuperont la maison-atelier qu'ils avaient fait construire dans le village
natal de celle-ci.
2001 Décès de Marc Leguay à Bane Kok Nong
Seng.
Pour en savoir plus Marc Leguay, le peintre du Laos
Association internationale des collectionneurs de timbres-poste du
Laos Président : Philippe Drillien, collège les Dîmes, 71290 Cuisery Mail
:Philippedrillien@yahoo.com Le
but de l'association n'est pas seulement philatélique mais également culturel.
Philao, revue trimestrielle, analyse timbres, documents philatéliques, cartes
postales anciennes, etc.
Site internet :membres.lycos.fr/trax48 - Marc
Leguay, le peintre du Laos, Philippe Drillien, Timbres Magazine, novembre 2002,
n° 29, pp.42-47