Dans le cadre de son mémoire de DEA, Mylène Theliol, étudiante à
l'université d'Aix-en-Provence, nous présente le peintre Joseph de la
Nézière. Cet artiste a réalisé de nombreux dessins, maquettes de
timbres-poste pour les anciennes colonies françaises. Il est également
l'auteur de deux timbres pour la France : exposition coloniale internationale de
Paris, 1931 et Pierre et Marie Curie découvrent le radium, 1938. Grâce à son
travail, elle nous permet de mieux appréhender cet artiste et son
œuvre.
Portrait de Joseph de la Nézière Extrait de J.Paul Trouillat, nos peintres coloniaux, L'œuvre de Joseph de la Nézière La dépêche coloniale illustrée, p.272
Joseph de la Nézière (5 août 1873 à Bourges - 15 avril 1944 à Casablanca)
Né à Bourges, Joseph de la Nézière est élevé à
Paris. Au sortir d'un lycée jésuite, il s'inscrit auprès du peintre Alfred
Roll, membre de l'Académie des Beaux-Arts. De ces années de formation
artistique, il apprend à faire des études de paysage en plein air. Mais il se
passionne surtout, comme son maître, pour la figure humaine. Chez lui, le dessin
prime sur la couleur. Ces caractéristiques sont constantes tout au long de sa
longue carrière.
Entre septembre et octobre 1891, il séjourne une
semaine, avec son ami Louis d'Esthélion, à Rome. Il publie en 1892 ses
souvenirs et ses dessins de la capitale italienne. L'année suivante, il reprend
la route pour les Balkans avec dans ses bagages son autre ami, Henri Avelot. De
leur périple, ils éditent, en 1895, un ouvrage intitulé Monténégro,
Bosnie, Herzégovine. En 1897, Joseph de la Nézière se
trouve en Tunisie. Il participe au salon tunisien qui a été crée en 1894. Cette
même année, l'artiste expose et adhère à la société des peintres orientalistes
français présente à Tunis et au Salon des Beaux-Arts parisien. Il restera
fidèle aux deux associations artistiques jusqu'à sa mort. En 1898, il s'embarque
vers de nouveaux horizons. Il fait partie, comme peintre de " race ", de la
mission Trentinian qui le même sur les routes du Sénégal et du Soudan . Ses
quatorze planches de dessins sont exposées lors du salon des orientalistes en
1900.
A l'exposition universelle tenue à Paris, la
même année, il expose dans la section des Beaux-Arts et dans la salle dédiée aux
orientalistes. Entre 1900 et 1901, l'artiste se rend en Chine, en Corée et
au Japon. En 1901, il se rend en Indochine. De ces séjours, il publie en 1902
L'Extrême-Orient en Image. Joseph de la Nézière retourne en
Indochine et au Siam en 1911. Entre temps, il voyage en Tunisie, en Hollande,
aux îles Marken, en Espagne, en Sicile et en
Corse.
En 1906, il participe à l'exposition
coloniale de Marseille. Il décore le pavillon de l'Afrique occidentale français
et il effectue, pour la première fois, une affiche en collaboration avec son ami
d'enfance, Joseph Pinchon. A cette même manifestation, l'artiste gagne une
bourse pour les Indes britanniques. En 1908, il adhère à la société coloniale
des artistes français. Cette même année, à l'exposition franco-britannique de
Londres, le pavillon de l'Algérie est orné de sa main de quatre frises peintes.
En 1910, à l'exposition coloniale de Bruxelles, il décore le pavillon de
l'AOF. En 1912, de retour d'Indochine et du Siam, il effectue de nombreux
tableaux dont les plus beaux sont publiés, en 1914, dans le livre Poh
Deng( scènes de la vie siamoise.)
Geisha jouant de la musique Extrait de : L'extrême orient en image, Joseph de la Nézière Edition Félix Juven, 1902, p.50
Etat des connaissances sur les timbres dessinés par l'artiste Joseph de la Nézière
En 1906, l'administration coloniale se décide à
renouveler les timbres de l'Afrique occidentale française ( sous cette
appellation sont regroupés le Sénégal, la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, le
Dahomey, le Haut-Sénégal et Niger et la Guinée française.) Un concours est
ouvert. Joseph de la Nézière y participe. En 1910, le gouverneur général de
l'AOF, Merleau-Ponty lui confie l'exécution de ces nouveaux
timbres.
Pour le Sénégal, le dessinateur
Joseph de la Nézière et le graveur A. Mignon présentent en 1914 comme thème le
" marché indigène ". Soixante et une vignettes forment
cette série qui dure jusqu'en 1935 (n° Yv 53 à
109).
Le Soudan français devient le 18
octobre 1902 la Sénégambie et le Niger. En 1906, cette région prend le nom
du Haut-Sénégal et Niger. Pour cette partie de l'AOF, Joseph de la Nézière et
le graveur Froment créent la série de 16 timbres du " guerrier targui.
" Le décret du 4 décembre 1920 redonne le nom de Soudan français
au Haut-Sénégal et Niger. En décembre 1921, dix-sept vignettes portent la
surcharge " Soudan français. " (n° Yv 20 à 36), puis vingt-trois valeurs
jusqu'en 1930 (n° Yv 37 à 59). Ces timbres sont en circulation jusqu'en 1931.
A partir de 1921, dix-sept timbres " guerrier targui " apparaissent avec la
surcharge " Territoire du Niger. " (n° Yv 1 à 17) Puis en 1925-1926, de
nouvelles valeurs sont émises. (n° Yv 18 à 28).
Pour la Mauritanie, Joseph de la
Nézière lui attribue en 1913 la série de dix-sept timbres "
caravane du désert " (n° Yv 17 à 33) auxquels s'ajouteront entre 1915
et 1938, les trente-deux valeurs (n° Yv 34 à
61).
La Haute-Volta est détachée du
Haut-Sénégal et du Niger par le décret du 1° mars 1919. Elle est partagée
en 1932. Entre décembre 1920 et le 2 avril 1928, celle-ci utilise les
vignettes " guerrier targui. " Il est émis une série de
trente-deux timbres surchargés en rouge, noir ou carmin de légende "
Haute-Volta " (n° Yv 1 à 32).
Pour la Côte d'Ivoire, Joseph de
la Nézière et le graveur E. Prout présentent, en 1913, dix-sept timbres
intitulés " Lagune Ebrié. " . De nouvelles valeurs ou
surchargées apparaissent de 1913 à 1930 (n° Yv 41 à 57, puis 58 à
83).
Pour la Guinée française, Joseph
de la Nézière et le graveur J. Puyplat créent à partir de 1913 dix-sept
premières vignettes (n° Yv 63 à 79) intitulées " Gué de Kitim.
" Il faut y ajouter les vingt-sept valeurs complémentaires de
1915-1926 (n° Yv 80 à 106) et les dix autres de 1927-1933 (n° Yv 107 à 114).
Il existe en tout cinquante-quatre timbres de ce
pays.
Pour le Dahomey, en 1913, Joseph
de la Nézière et le graveur A. Mignon réalisent jusqu'en 1931 dix-sept timbres
" palmiste. " (n° Yv 43 à 59). En 1916, ces timbres sont
utilisés pour la partie française de la colonie allemande, le Togo (n° Yv 60 à
98). Ils portent la mention " Togo, occupation franco-anglaise. " (n° Yv 84 à
100). Entre 1921 et 1922, la surcharge devient juste " Togo. " (n° Yv 101 à
123).
Marché indigène Sénégal Bon à tirer du timbre-poste à 0,05 F, 1912 Dessin : Joseph de la Nézière Gravure : Abel Mignon Yv 56 Collection Musée de La Poste, Paris
Guerrier Targui Niger Bon à tirer du timbre-poste à 0,50 F, 1925 Dessin : Joseph de la Nézière Gravure : E.Froment Yv 27 Collection Musée de La Poste, Paris
Résumé du mémoire de DEA : " La société des peintres orientalistes français et Joseph de la Nézière de 1893 à 1918.
La fondation de la société des peintres
orientalistes français en 1893 s'inscrit dans une longue tradition artistique
datant du début du XIX° siècle. Son objectif majeur est de faire connaître et
comprendre la culture des pays musulmans en France. Elle favorise donc le
développement d'expositions de peintures et de sculptures orientalistes mais
aussi d'art musulman. Celles-ci sont quasiment annuelles de 1893 à 1918. Tous
les artistes attirés par l'Orient y participent. Les œuvres présentées peuvent
être impressionnistes, académiques ou réalistes. A la fin du XIX° siècle, le
terme " Orient " englobe tous les pays à l'Est de l'Europe ainsi que les régions
de culture musulmane existante ou passée. La société des peintres
orientalistes français encourage ses adhérents à prendre le chemin de ces pays
pour en ramener des études inédites. L'apparition du peintre académique Joseph
de la Nézière (1873-1944) au salon de 1897 coïncide avec l'essor de
l'orientalisme dans les pays maghrébins. La carrière de cette artiste suit
l'extension de la société vers les colonies. Le mouvement artistique se
transfère petit à petit au Maghreb. Des courants naissent dans ces pays. Avec
eux, le regard des artistes change. L'orientalisme tend de plus en plus vers le
réalisme. Le souhait de la société est de créer un Institut d'études orientales
comme il en existe en Angleterre et en Indochine (1898.)
Les buts purement culturels de l'association
artistique intéressent le gouvernement. Ils peuvent contribuer à l'expansion de
la France en outre-mer. Le ministère des colonies voit en ces peintres
voyageurs des agents de propagande coloniale. L'art est un bon messager d'idées.
C'est dans cette optique que le ministère accorde à la société des missions
d'études pour l'Afrique Noire et l'Indochine. Ainsi Joseph de la Nézière
part-il au Soudan en 1898-1899 et deux fois en Extrême-Orient en 1901 et 1910.
Il est à la fois peintre ethnographe et peintre reporter. Ses liens avec les
autorités coloniales de ces contrées lui procurent une certaine renommée et des
commandes publiques ou privées. Il devient une sorte de fonctionnaire
artistique.
A partir de 1900, la société étend son domaine
artistique à des pays de culture autre que musulmane. L'orientalisme se change
en exotisme. Elle devient aussi de plus en plus proche de la politique coloniale
de la III° République. L'année 1906 marque un tournant décisif pour
l'association artistique. Elle passe sous la tutelle du ministère des colonies.
L'orientalisme ou l'exotisme se change en art colonial. Cette même année, le
ministère des colonies conçoit la création de sa propre société : la société
coloniale des artistes français. Elle ne prend corps qu'en 1908. Celle-ci se
charge d'envoyer les peintres dans les colonies par la création de bourses de
voyage. Ainsi les artistes boursiers sont associés directement à la politique.
C'est le cas pour Joseph de la Nézière qui gagne un prix pour l'Inde en 1906.
Cette dépendance ministérielle n'influence pas sur la création artistique, du
moins jusqu'en 1918. Les peintres et sculpteurs sont libres de choisir leurs
styles.
La société des peintres orientalistes français
concurrencée par la société coloniale des artistes français doit limiter son
attraction au Maghreb. En Algérie, elle intervient directement dans l'essor
pictural et sculptural avec la fondation de la Villa Abd-el-Tif en 1907. Son
action est toujours aussi important en ce qui concerne la préservation et la
diffusion de la connaissance des arts musulmans (arts indigènes) en Algérie, en
Tunisie et au Maroc. D'ailleurs, en 1917, en collaboration avec l'office du
protectorat de la République française au Maroc et de Joseph de la Nézière, elle
organise une exposition d'art marocain au Pavillon de Marsan à
Paris. Jusqu'en 1918, la société orientaliste garde le monopole sur les pays
français d'Afrique du Nord. En 1919, la société coloniale ouvre une bourse pour
le Maroc. Après la fin de la première guerre mondiale, les expositions
orientalistes deviennent plus sporadiques. Elle participe aux expositions
coloniales de 1922 et de 1931. Ces salons sont organisés en 1927 et en 1927 à la
galerie Durand Ruel. Ceux de 1933, de 1938, de 1943 et de 1948 ont lieu à la
Galerie René Drouan. Au fur et à mesure de ces expositions les adhérents sont de
moins en moins nombreux malgré une ouverture aux peintres et sculpteurs
présentant des œuvres de l'ensemble des colonies françaises.
Bibliographie
La société des peintres orientalistes
français et Joseph de la Nézière de 1893 à 1918, Mylène Theliol, Aix en Provence, 2003. Mémoire de DEA,
sous la direction de Claude Massu, professeur d'histoire de l'art
contemporain.
Cet ouvrage est consultable à la bibliothèque du
Musée de La Poste. Cote : 4° 2865